Un jour cependant, considérant le peu d'apparence que la quantité de la partie
éclairée de la lune, tournée vers la terre, puisse être la cause de son
influence sur les variations de l'état de l'atmosphère, quoique cette quantité
de la partie éclairée de la lune, tournée vers la terre, indiquât les rapports
de sa position & de celle du soleil par rapport à nous ; considérant qu'il étoit
vraisemblable que c'étoit plutôt dans l'élévation ou l'abaissement de la lune
dans le méridien d'un lieu donné, qu'il falloit chercher les suites de cette
influence de la lune sur l'atmosphère correspondant à ce même lieu ; considérant
enfin que cette action de la lune devoit augmenter d'intensité dans le périgée
de cette planète, & diminuer dans son apogée (1), j’eus la satisfaction de
trouver dans mes tableaux d'observation, des rapports très-marqués avec ces
principes, & je conçus alors l'espoir d'avoir fait une découverte utile.
En effet, pendant assez long-temps, l'observation confirma le principe que
j’entrevoyais ; mais il survint ensuite dans les temps observés, de nombreuses
exceptions aux effets attendus du principe, qui diminuèrent tellement ma
confiance dans ce que j'appelais ma découverte, que plein du désir de ne
m'occuper que de connoissances exactes & fondées sur une suite de faits bien
constatés, j'abandonnai ce genre de recherches, pour me livrer à d'autres
travaux.
Cependant, chaque fois qu'il survenoit de grands changemens dans l'état de
l'atmosphère, je me plaisois à rechercher aussitôt quelle étoit alors la
déclinaison de la lune, & presque toujours je voyais avec surprise que la cause
que j'avois d'abord entrevue se trouvoit d'accord avec le fait nouvellement
observé. Je me remettois dès-lors à suivre, sous ce point de vue, toutes les
variations de l'atmosphère. L'espérance de trouver un résultat utile soute-
[soutenoit]
(1) En tout temps la lune exerce une action sur l'atmosphère terrestre, & influe
sur son état. Cette action ne fait que s'accroître ou s'affaiblir, à mesure que
les différentes situations de ce satellite de la terre concourent à produire cet
accroissement ou cet affoiblissement d'action. C'est donc une véritable erreur
de penser qu'il y ait des points lunaires qui agissent d'une manière absolue ;
c'est-à-dire, que dans tel ou tel instant déterminable, la lune ait une action &
une puissance qu'elle n'avait pas l’instant d'avant. Ainsi, croire qu'au moment
même du périgée ou de l'apogée de la lune, de son opposition ou de sa
conjonction avec le soleil, de son équinoxe, soit ascendant, soit descendant ou
enfin de ses lunistices même, la lune ait, uniquement dans ce moment, la
puissance d'exercer des changemens dans l'état de l'atmosphère ; c'est un
préjugé auquel se sont laissé aller quelques physiciens célèbres (l’abbé Toaldo,
&c.), & que l’intérêt de la science veut que l’on détruise. Aussi je le répète,
les changemens qu'occasionne la lune dans l’état de l'atmosphère, ne s'opèrent
pas nécessairement dans des instans indivisibles & déterminables. Ils se
produiroient même toujours insensiblement, si des causes accidentelles, soit
favorables, soit perturbatrices, n’en hâtoient ou retardoient irrégulièrement
les résultats.
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