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Documents sur les auditeurs de LamarckP.Corsi, Julien-Joseph Virey, the first critic of Lamarck (in french)
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 Lorsque les cratures vivantes se multiplirent sur le globe terrestre, elles 
furent organises relativement  leurs habitudes par la suprme intelligence : 
car comment un animal aquatique aurait-il pu vivre dans les airs ou sur la 
terre, sans avoir reu une conformation capable de s'y maintenir et de s'y 
reproduire ? En crant des tres pour toutes les rgions de cet univers, la 
Providence suprme a donc dvelopp les organes qui leur taient les plus 
favorables et a modifi leur vie de telle manire, qu'ils prfrent leur tat  
tous les autres  (20).
 

A la fin de ce passage, Virey semble hsiter, et introduit une affirmation, 
l'une des nombreuses affirmations qui jalonnent son travail, qui semble contre 
dire ses dclarations prcdentes : la citation reproduite prcdemment se 
termine de la sorte :  Il parat mme que certains milieux sont plus propres 
que les autres au dveloppement de certaines parties  (21).
 

Une analyse serre de ce texte rvle la mesure dans laquelle Virey est en 
dsaccord avec les ides de Lamarck concernant la manire dont s'labore le 
processus d'adaptation, et permettra d'expliquer ce qui semble tre une 
contradiction. Virey cite  longueur de temps les exemples ornithologiques de 
Lamarck, et insiste sur le fait que :
 

 Ce n'est donc point la plante, l'animal qui donnent lieu  leur conformation 
par leurs habitudes, puisque ces habitudes sont dtermines par leur 
configuration organique. En effet, l'oiseau ne pouvant se donner l'habitude de 
s'lever dans les airs, s'il n'avait pas reu les ailes  (22).
 

A ce point, il est parfaitement clair que c'est la nature, le principe vital, la 
force vitale, l'intelligence suprme et mme, comme Virey tait prt  
l'accepter, certaines circonstances physiques particulires qui permettent la 
cration d'organes : en aucun cas la matire, qu'elle soit inorganique ou 
organique, ne pouvait dtenir un pouvoir d'auto-dtermination. Les consquences 
du maintien de cette dernire thse furent clairement nonce par Virey :
 

 Certainement je serais athe quand on me prouvera, clair et net, que la 
matire peut d'elle-mme organiser des yeux, un cerveau pensant, des parties de 
la gnration, et perptuer constamment les mmes tres  (23).
 

Virey tait prt  accepter nombre des suggestions antrieures de Lamarck. La 
thse de la gnration spontane, mme le dveloppement historique d'un arbre 
taxinomique, pouvait tre adapte au schme de la providence. Mais absolument 
pas l'ide qu'il existe des pouvoirs auto-volutifs dans la nature, en regard 
des conclusions dramatiques auxquelles elle pouvait mener. 

(20) Ibidem, p. 409.

(21) Ibidem, p. 409.

(22) Ibidem, pp. 411-412. Virey reproduit les fameux passages des Recherches sur 
l'organisation des corps vivants dans lesquelles Lamarck donna des exemples 
d'adaptation des oiseaux aux changements de milieux. Les exemples parurent pour 
la premire fois dans le Discours d'ouverture de l'an VIII (1800).
 

(23) Ibidem, 411-412.

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