ture, que les corps, que leurs qualités, que les phénomènes qu'ils présentent,
et conséquemment que les produits des actes de la nature.
S'il en est ainsi, tous les corps que nous observons, inorganiques ou vivans,
sont des êtres physiques ; toutes les qualités que nous leur remarquons sont
physiques ; toutes les facultés que nous apercevons en certains d'entre eux sont
essentiellement physiques ; or, ces corps sont généralement des productions de
la nature ; et nous l'avons tellement senti, que, sans y avoir beaucoup
réfléchi, nous les avons effectivement ainsi nommés.
La nature elle-même, quelque grande que soit sa puissance, n'agit et ne sauroit
agir que physiquement ; ne produit rien, n'exécute rien qu'avec du temps, que
progressivement, et jamais instantanément. Toute action particulière de sa part
est dirigée par une loi ; et lorsqu'une circonstance, aussi particulière, vient
changer la direction de son action, c'est encore par une loi pareillement
particulière que son action nouvelle est dirigée : voilà ce qui s'observe
constamment.
Si c'est là le tableau fidèle de ce que l'observation nous montre à l'égard de
la nature, on demande s'il est possible de concevoir que cette nature, dont
l'activité fait l'essence ; qui forme et produit sans cesse, quoique
progressivement ; et qui change la direction de ses actions, chaque fois que les
circonstances l'y contraignent ; on demande, dis-je, si elle a pu faire des
espèces immutables. Nous allons voir que la négative que la raison nous montre,
est confirmée clairement par l'observation des faits.
Premier Fait. Les naturalistes, en déterminant les espèces, reconnoissent des
variétés et sont obligés de le faire.
Or, si les espèces étoient immutables et se conservoient toujours les mêmes,
malgré la différence des circonstances dans lesquelles chacune d'elles peut se
rencontrer habituellement, à quelle cause devroit-on attribuer les variétés ? On
répondra que les circonstances changées et devenues habituelles, peuvent, à la
vérité, faire varier un peu les espèces, mais sans les éloigner trop de leur
type, qui se conserve toujours le même. A cette réponse, je répliquerai : 1°
qu'ici l'on explique sans fournir de preuve ; car on n'en présente point qui
atteste positivement que le type des espèces n'ait jamais changé, et
l'allégation de celles que nous voyons constantes, les circonstances dans
lesquelles elles se trouvent l'étant pareillement, ne fournit nullement la
preuve demandée ; 2° si l'on connoît beaucoup de variétés qui paroissent chacune
appartenir à une espèce déterminable, on en connoît aussi beaucoup qui sont
évidemment moyennes entre deux espèces avoisinantes, en sorte que c'est alors
l'arbitraire
|