qui décide à laquelle de ces deux espèces ces variétés appartiennent : aussi
voit-on fréquemment que des variétés que des naturalistes avoient présentées
comme telles, sont ensuite considérées par d'autres, comme des espèces ; 3° on
sait encore que de véritables variétés dont on connut la source, se sont ensuite
montrées constantes, même par la reproduction. Il est donc évident que si les
espèces étoient immutables, ces individus, moyens, par leurs caractères et leurs
formes, entre deux espèces différentes, ne se rencontreroient jamais, et ce
qu'on nomme des variétés n'auroit pas lieu.
Dans les végétaux, où des variétés s'obtiennent souvent subitement, ces variétés
ne se conservent, en général, que par des moyens particuliers, comme par des
greffes ou des boutures, etc. ; elles rentrent dans l'espèce, lorsqu'on emploie
leurs graines pour les multiplier. Quoique cela ne soit pas général, le plus
grand nombre des variétés obtenues, soit subitement, soit à la longue par les
soins de la culture, se trouve réellement dans ce cas. Cette considération
faisoit espérer que l'on pourroit déterminer l'espèce, par la constance dans sa
reproduction naturelle.
Mais, dans le règne animal, où toute variation ne s'obtient qu'avec une extrême
lenteur, et où tout ce que les individus ont acquis se trouve conservé par la
génération, la reproduction, comme moyen pour déterminer l'espèce, n'a plus la
moindre valeur.
Ainsi, la considération seule des variétés déposera toujours évidemment contre
l'opinion de l'immutabilité des espèces.
Deuxième Fait. Lorsque nos collections d'histoire naturelle étoient encore peu
avancées, peu riches dans les objets divers qui les composoient, les
naturalistes expérimentés savent qu'alors la détermination des espèces étoit
très-facile, que celle des genres l'étoit davantage encore, et que toutes les
coupes qu'il importe d'établir dans la série des objets observés, étoient à
cette époque bien tranchées, très-distinguées les unes des autres, et faciles à
circonscrire par des caractères qui ne laissoient pas le moindre doute. A la vue
de ces collections, on étoit dans le cas de penser que la nature avoit divisé
ses productions par groupes bien détachés et constans, et que les objets qui les
composoient ne provenoient point les uns des autres, puisque ces groupes étoient
séparés par des limites si remarquables.
Mais, à mesure que nos collections s'agrandirent, que les naturalistes
observateurs et surtout voyageurs les enrichirent, et qu'une multitude énorme
d'objets nouveaux et recueillis, furent introduits dans les genres, les
familles, les ordres et les classes, la difficulté des déterminations devint
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