les jugemens qu'il porte sur ce sujet, la preuve de son habileté et de son
savoir dans les détails de la partie qui a fait l'objet de ses observations et
de ses études. Cependant, s'il a peu varié ses idées et ses connoissances, s'il
est resté étranger à la plupart de celles que l'homme a pu acquérir ailleurs, il
n'occupera réellement qu'un degré d'une élévation médiocre dans l'échelle dont
il vient d'être question ; son jugement, hors des objets qui ont uniquement
attiré son attention, sera en général de peu de valeur ; il liera mal ses
connoissances avec celles qui appartiennent à des sujets différens, et sera même
hors d'état de reconnoître ou de fonder la vraie philosophie de la science qu'il
cultive ;
4° Dans toute réunion, toute assemblée délibérante, comme ceux qui la composent,
présentent entre eux, nécessairement, une portion de l'échelle, relativement au
développement de leur intelligence ; c'est presque toujours dans une minorité de
cette réunion ou assemblée, que se trouvent le plus de sagesse, les vues les
plus profondes, les pensées les plus justes, les jugemens les plus solides. Plus
l'assemblée sera nombreuse, plus, conséquemment, la valeur de ses décisions, par
la pluralité des voix, sera exposée, etc.
Quelque relevées et admirables que soient les facultés dont la réunion constitue
l'intelligence ; quelque éminence qu'elles puissent acquérir dans les hommes qui
les possèdent à un haut degré ; quelque avantageux, importans même que puissent
être alors leurs résultats, ceux-ci, néanmoins, n'auront jamais une influence
aussi étendue qu'il sembleroit qu'on dût le supposer. Les facultés dont il est
question, ne se développant et n'obtenant de valeur qu'à mesure qu'elles sont
plus exercées, c'est-à-dire, que par une grande habitude d'observer, de
comparer, de juger, de méditer sur tout ce que les faits, attentivement suivis,
ont pu faire connoître ; ces facultés, dis-je, ne peuvent être et ne seront
toujours le partage que d'un très-petit nombre d'individus, relativement à la
masse de ceux qui composent l'espèce humaine. Il s'ensuit, nécessairement, que
ce petit nombre ne peut et ne pourra, dans tous les temps, opposer un obstacle
suffisant aux maux de toutes sortes qu'entraîne à sa suite l'ignorance ; maux
qu'aggravent encore ceux qui, trouvant leur intérêt à les entretenir, emploient,
à cet effet, et les moyens que leur donne l'avantage de leur situation, et ceux
que leur fournissent indirectement les lumières elles-mêmes. Aussi, dans tout
pays civilisé, l'immense majorité de ses habitans sera-t-elle toujours à la
merci d'une minorité dominante qui, selon ses sentimens, ses penchans ou ses
passions, mettra tout en usage pour en tirer le parti le plus convenable à ses
intérêts ! On
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